Voie professionnelle : le terrain a parlé

  • Système éducatif et réformes

À l’occasion du comité de suivi de la voie professionnelle récemment lancé par Edouard Geffray, la Fep-CFDT fait le point sur son enquête de novembre 2025, autour du « Parcours en Y ». Les conclusions confirment les alertes portées depuis deux ans.

Depuis sa mise en place à la rentrée 2023, la réforme du lycée professionnel fait l’objet d’ajustements successifs qui, loin d’améliorer la situation, en accentuent les difficultés. La Fep‑CFDT s’est opposée à cette réforme dès l’origine, pour dénoncer la surcharge de travail, la dégradation des conditions d’exercice et les risques psychosociaux (RPS) qui pèsent sur les enseignants. Pour ce faire, elle a mené des actions fortes : enquêtes auprès des enseignants, votes contre au Conseil supérieur de l’éducation, boycotts de certaines réunions et groupes de travail, mobilisations, participation aux journées de grèves nationales. Enfin, face à une mise en œuvre précipitée, la Fep-CFDT avait demandé un moratoire d’un an afin de permettre un véritable temps d’évaluation. Malheureusement cette demande n’a pas été entendue.

Les résultats de notre enquête sont sans appel !

Le dispositif du « Parcours en Y » est jugé inefficace et perturbateur. En effet, l’enquête Fep-CFDT met en lumière un rejet massif du dispositif par les personnels, tant sur le plan pédagogique qu’organisationnel :

  • 52,5% des enseignant–e–s interrogé–e–s indiquent ne pas suivre les élèves en PFMP (Période de formation en milieu professionnel) : faute de temps et de moyens, l’accompagnement promis se heurte à la réalité de terrain ;

  • 66,2% ont dû modifier leur progression pour les élèves engagé–e–s dans la préparation aux études supérieures, générant une surcharge de travail importante pour des effets jugés très limités à la vue du taux élevé d’absentéisme ;

  • Le passage de 6 à 4 semaines ne fait pas consensus :

    • 38,8 % le jugent pertinent,

    • 25,2 % n’ont pas d’avis,

    • 18 % le considèrent prématuré,

    • 18 % ne le jugent pas pertinent. 

De manière chiffrée : 

  • 74,4% jugent le dispositif inutile ou peu utile (dont 47.1% totalement inutile) ;

  • 87,8% pointent une aggravation de l’absentéisme des élèves ;

  • 71,9% dénoncent l’impact sur leur emploi du temps ;

  • 68 % ont été convoqués (surveillances d’examens, jurys, etc.) pendant le parcours, accentuant une charge de travail de fin d’année déjà excessive.

Le verdict est sans ambiguïté, la fin du « Parcours en Y » est largement sollicitée : 77,7 % des répondants demandent la suppression du dispositif et 20,5 % une réforme profonde. Le terrain demande donc des décisions rapides et claires.

Bilan et devenir du « Parcours en Y » ?

Rappelons que le « Parcours en Y » de quatre semaines, avait été inscrit à l’ordre du jour du Conseil supérieur de l’éducation du 1er octobre 2025. La Fep-CFDT s’y est opposé.

Et à l’heure actuelle, une fois de plus, la Fep-CFDT déplore l’absence de bilan sérieux de ce parcours différencié, dont les limites sont largement établies car sur le terrain, les constats sont convergents :

  • Aucune amélioration notable de l’insertion professionnelle ;

  • aucun renforcement réel de l’accompagnement vers la poursuite d’études ;

  • aucun effet sur la lutte contre l’absentéisme de fin d’année, qui atteint des niveaux record.

Globalement, le « Parcours en Y », désormais limité à 4 semaines n’est pas perçu comme une amélioration du dispositif par les collègues.

Le comité de suivi de la voie professionnelle interroge désormais profondément ce parcours, et plus largement la réforme elle-même, sans toutefois poser clairement la question de sa disparition. Les interrogations sont nombreuses : 

  • Quand organiser les épreuves du baccalauréat professionnel ?

  • Que faire des élèves au mois de juin ?

  • Combien de semaines de PFMP en classe de terminale ?

  • Comment faire de la terminale un véritable temps de préparation au BTS ?

  • Quel volant horaire laisser aux établissements ?

Xavier Morgante, Nicolas Dumez, Damien Gillot lors Comité de suivi de la voie professionnelle

Les revendications de la Fep-CFDT

Pour la Fep-CFDT, le baccalauréat professionnel doit permettre à la fois l’insertion professionnelle et la poursuite d’études, dans des conditions respectueuses des élèves comme des personnels. Ce qui suppose :

  • Des moyens adaptés ;

  • une écoute réelle des acteurs de terrain ;

  • des décisions fondées sur des bilans sérieux, partagés et transparents.

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