Conférence de rentrée du ministre : Prévoir l’École, c’est aussi prévoir ses personnels

  • Système éducatif et réformes

Lors de sa conférence de presse du 25 août 2026, le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray a placé la rentrée sous le signe de la continuité et de l’adaptation de l’École aux grandes transitions démographique, numérique et écologique. On n'y trouve pas de nouvelle grande réforme mais le souhait de recentrer l’institution autour de trois missions : « instruire, protéger, unir », avec une attention particulière portée à la maîtrise du langage, à la lutte contre les inégalités, à l’éducation prioritaire, à l’école inclusive et à l’adaptation des territoires.

Des mesures nouvelles sont toutefois annoncées : la généralisation de la scolarité sans téléphone portable de la maternelle au lycée, le nouveau barème du brevet, la création du concours général des collèges, l’adaptation du calendrier des examens et l’extension du questionnaire sur le harcèlement aux violences sexistes et sexuelles.

Pour la Fep-CFDT, une question demeure : avec quels moyens, dans quelles conditions et avec quels personnels ?

Des élèves au cœur du discours, des personnels encore trop peu visibles.

Nous pouvons partager les objectifs affichés : mieux apprendre, lutter contre les inégalités, protéger les élèves, renforcer le lien avec les familles et adapter l’École aux réalités des territoires.

Mais le discours ministériel laisse largement de côté ceux qui font vivre l’École au quotidien, notamment en ce qui concerne les rémunérations, le pouvoir d’achat, l’attractivité, la charge de travail, le remplacement, la formation, l’inclusion, la reconnaissance professionnelle et la précarité.

L’annonce d’un salaire moyen de 3 090 € nets ne reflète pas la réalité ; elle ne répond surtout pas à ces préoccupations. Une moyenne nationale ne dit rien des écarts liés à l’ancienneté, aux niveaux d’enseignement et aux statuts, et ne permet notamment pas de rendre compte de la situation des maîtres délégués du privé sous contrat. La question salariale reste pourtant déterminante alors que le pouvoir d’achat demeure une préoccupation forte des personnels.

La Fep-CFDT continuera donc de porter la question des rémunérations et des conditions de travail, notamment dans le cadre de la mobilisation intersyndicale de la Fonction publique du 29 septembre 2026, à laquelle elle appelle les personnels à participer.

Démographie : moins d’élèves, mais pour quoi faire ?

L’annonce la plus structurante est sans doute la volonté de penser l’École et l’aménagement des territoires sur le long terme face à la baisse démographique. L’expérimentation menée dans 18 départements, qui sera généralisée en 2027, doit permettre de construire une nouvelle approche territoriale et, à terme, un schéma d’emploi cohérent.

La Fep-CFDT soutient le principe d’une véritable anticipation. Une gestion uniquement annuelle des effectifs produit instabilité, fermetures successives et manque de visibilité pour les familles, comme pour les personnels.

Mais une programmation pluriannuelle ne doit pas devenir une programmation pluriannuelle des suppressions de postes.

La baisse du nombre d’élèves doit permettre d’améliorer la qualité de l’École en réduisant les effectifs par classe, renforçant l’accompagnement des élèves, développant l’inclusion, favorisant la mixité sociale et en améliorant les conditions de travail, et non en transformant mécaniquement la baisse démographique en économies budgétaires.

Et dans le privé sous contrat ?

C’est ici que les annonces ministérielles appellent à des réponses précises. Dans nos établissements, la baisse démographique signifie déjà suppressions de postes, fermetures ou regroupements de classes, pertes de contrats et fragilisation des parcours des maîtres délégués-CDI et maîtres délégués-CDD. Pour la Fep-CFDT, c’est une opportunité de réduire les effectifs des classes surchargées.

Si le ministère veut réellement prévoir l’École à 10 ou 15 ans, il doit aussi prévoir les emplois et les parcours professionnels, et l’Enseignement privé sous contrat doit être pleinement intégré à cette nouvelle politique territoriale.

La Fep-CFDT demande donc une véritable prospective des emplois dans le privé sous contrat, académie par académie : évolution des effectifs, postes créés ou supprimés, départs à la retraite, besoins de recrutement et de remplacement, mais aussi conséquences pour les personnels. Et pour les maîtres délégués-CDI en particulier, la baisse des besoins doit conduire à anticiper, accompagner, former, permettre la mobilité ou la reconversion et sécuriser les parcours, plutôt que de laisser les personnels seuls face à la disparition de leur emploi.

Le privé sous contrat doit donc être inclus dans le plan territorial du ministère : on ne peut pas l’exclure d’une gestion qui doit être globale entre le public et le privé sous contrat.

« Instruire, protéger, unir » : des ambitions qui nécessitent des conditions

Instruire, c’est renforcer les fondamentaux et la maîtrise du langage. Mais la réussite ne peut reposer sur le seul engagement des enseignants. C’est une vision passéiste. C’est oublier que les mathématiques et le français doivent aussi se travailler en interdisciplinarité et dans des projets.

Protéger, c’est notamment mieux lutter contre les violences sexistes et sexuelles et permettre aux élèves de parler. C’est une avancée si cette libération de la parole s’accompagne des moyens nécessaires pour écouter, signaler, former et prendre en charge. Protéger les élèves suppose également de protéger les personnels, confrontés eux aussi aux violences et aux tensions croissantes.

Le décret du 28 juillet 2026 permet par ailleurs, dans des situations graves liées au comportement d’un membre de la famille, d’affecter un élève dans un autre établissement, avec un accompagnement renforcé.

La Fep-CFDT dénonce cette mise en œuvre : l’enfant ne peut être considéré responsable d’un conflit avec sa famille. La protection des personnels doit passer en priorité par la prévention, le soutien aux équipes et une réponse claire aux comportements mettant en cause leur sécurité ou le fonctionnement de l’établissement.

Unir, enfin, suppose une véritable relation de confiance avec les familles. Cette responsabilité doit être partagée et ne peut conduire à faire peser toujours davantage sur les équipes la résolution de difficultés qui dépassent largement le cadre scolaire.

Numérique, climat, téléphone : accompagner plutôt qu’empiler les interdictions

L’adaptation de l’École aux transitions numérique et climatique est nécessaire. Elle doit toutefois être pensée comme une transformation durable des pratiques et de l’organisation, et non comme une succession de mesures nouvelles reposant, une fois encore, sur les équipes. Elle nécessite donc un plan de long terme : toute transformation doit être pensée, anticipée, planifiée et conduite dans le dialogue social.

Concernant la généralisation de l’interdiction du téléphone portable, la Fep-CFDT partage l’objectif d’un usage mieux maîtrisé du téléphone à l’École. Mais une interdiction généralisée ne peut tenir lieu de politique éducative. Les équipes doivent pouvoir construire les réponses les plus adaptées à leur établissement, avec des moyens et un accompagnement du ministère. L’enjeu est aussi d’éduquer les élèves aux usages du numérique et de les responsabiliser.

L’éducation au numérique doit également conserver toute sa place : apprendre à utiliser les outils, mais aussi à s’en passer, relève d’une véritable éducation à l’autonomie.

Pour la Fep-CFDT, le cap est clair : oui à l’anticipation démographique, oui à une École mieux adaptée aux territoires et oui à davantage de stabilité et de mixité sociale.

Mais non à une gestion de la démographie par la seule suppression d’emplois.

Pour la Fep-CFDT, transformer l’École, c’est aussi sécuriser les femmes et les hommes qui la font vivre.

A télécharger

  • Dossier présentation - rentree-scolaire-2026-2027 du ministre

    PDF — 4.63Mo

Ces articles peuvent également vous intéresser