Évaluations, rémunérations, démographie : la Fep-CFDT interpelle le ministre au CSE
Jeudi 17 septembre 2026, la Fep-CFDT a porté la voix des enseignants et des enseignantes de l’enseignement privé sous contrat auprès du ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, présent au Conseil supérieur de l’éducation (CSE). Évaluations nationales, rémunérations, conditions de travail, crise démographique et violences sexistes et sexuelles : plusieurs sujets majeurs ont été mis sur la table au cours de cette matinée d’échanges.
La Fep-CFDT a notamment remis en main propre au ministre son deuxième baromètre Ifop/Fep-CFDT, qui met en lumière le malaise exprimé par les enseignants du privé. Elle a également relayé directement les témoignages de collègues sur les difficultés rencontrées au quotidien.
Évaluations nationales : la Fep-CFDT dénonce une surcharge de travail
Pour ouvrir les échanges, la Fep-CFDT a choisi de donner la parole aux collègues en lisant plusieurs témoignages reçus la veille sur les évaluations nationales. « Temps passé : 9h. C’est abrutissant au possible car au bout du 20ème, tu es en mode pilote automatique mais tu n'as pas le droit à l’erreur », témoigne Lizzie. Marie-Laure souligne pour sa part les difficultés liées à l’organisation du temps de travail : « C’est compliqué quand on n’a pas d’horaires fixes. Quand on a un "forfait" comme salaire, on fait souvent plus que quand on a des heures fixes avec un salaire qui correspond à un nombre d’heures avec un taux horaire ». Anne résume une attente largement partagée : « Il est temps de mettre en place des moyens pour que les enseignant.e.s travaillent dans de bonnes conditions ».
À travers ces témoignages, la Fep-CFDT a interpellé le ministre sur une surcharge de travail qui fait perdre son sens à l’exercice. La saisie des résultats est notamment vécue comme une tâche imposée, sans utilité clairement identifiée. La question de la rémunération de ce travail reste également posée. Le ministre a indiqué qu’il ne pouvait pas modifier les évaluations nationales cette année. Il a toutefois reconnu que la question de la rémunération constituait une problématique majeure.
Rémunérations : des paroles aux actes attendus
Autre sujet central de la matinée : la revalorisation des personnels. Édouard Geffray s’est déclaré convaincu de la nécessité de mieux rémunérer les enseignantes et les enseignants, particulièrement en milieu et en fin de carrière. Il évoque la mise en place d’un « escalier dynamique, donnant de l’oxygène, de l’espoir, des possibilités ». Mais les contraintes budgétaires restent, selon le ministre, un frein important.
Pour la Fep-CFDT, les attentes sont désormais claires : les personnels ont besoin d’actes et de mesures concrètes pour améliorer les rémunérations en milieu et en fin de carrière. La mobilisation du 29 septembre 2026 s’inscrit dans cette exigence.
Baisse démographique : préserver les emplois et réduire les effectifs par classe
La crise démographique a également été au cœur des échanges. « C’est une triste opportunité, mais une opportunité », a déclaré le ministre. Pour lui, l’enjeu est désormais de déterminer à quel rythme la diminution du nombre d’élèves peut permettre de réduire les effectifs par classe et de faire évoluer l’offre scolaire. Cela implique notamment de travailler sur la carte scolaire, mais aussi sur la carte de l’offre scolaire, en recherchant un équilibre entre réduction des postes et baisse du nombre d’élèves par classe.
Pour la Fep-CFDT, une priorité s’impose : préserver au maximum les emplois et améliorer dès maintenant les conditions de travail en réduisant le nombre d’élèves par classe. Une orientation d’autant plus importante au regard des mauvais résultats de Pisa.
Résultats de Pisa : ne pas faire porter la responsabilité aux enseignants
Sur les résultats de Pisa (Programme international pour le suivi des acquis des élèves), le ministre a refusé de rendre les enseignants responsables de la baisse des performances des élèves. Il a notamment mis en avant la diminution de la concentration des élèves, qu’il relie à l’usage des écrans et à ses conséquences sur la mémorisation. Il appelle également à un investissement plus important des parents dans la scolarité de leurs enfants, par exemple en leur demandant quotidiennement ce qu’ils ont appris.
Pour la Fep-CFDT, les mauvais résultats de Pisa doivent être mis en regard des dix années de politique éducative menées sous les présidences d’Emmanuel Macron : « la copie est à revoir ».
Violences sexistes et sexuelles : libérer la parole et donner les moyens d’agir
Enfin, la question des Violences sexistes et sexuelles (VSS) a fait l’objet d’un échange spécifique.
Le ministre s’est dit effaré par le constat qu’un enfant sur dix serait victime de VSS. Pour lui, un changement de culture est nécessaire, notamment en permettant une libération de la parole. Les questionnaires qui doivent être mis en place s’inscrivent dans cette démarche et doivent, selon lui, faire l’objet du plus large consensus possible entre l’administration et les organisations syndicales. Si l’Evar (Éducation à la vie affective et relationnelle) et l’Evars (Éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité) ont été bien investies dans le primaire, leur mise en œuvre reste beaucoup plus limitée au collège et au lycée, avec respectivement 25 % et 9 %.
L’objectif est de partir de bases factuelles pour permettre aux enfants de libérer leur parole et, lorsque cela est nécessaire, de proposer des entretiens individualisés avec des personnels formés et qualifiés, notamment dans les domaines de la santé et de la justice.
La Fep-CFDT considère la démarche proposée comme réaliste et constructive. Mais pour passer de l’intention à l’action, encore faut-il disposer des personnels nécessaires : ils sont déjà en nombre insuffisant dans le public et presque inexistants dans le privé sous contrat.
Sur la photo : Damien Gillot - membre du Conseil Supérieur de l’Éducation pour la Fep-CFDT – s’adressant au ministre de l’Éducation nationale