Circulaire de rentrée : Des intentions encourageantes mais difficiles à mettre en œuvre
Certaines mesures de la circulaire de rentrée 2023, en accord avec les valeurs de la CFDT, vont dans le bon sens. Mais force est de constater que l’administration est éloignée du terrain, tant elle paraît ignorer l’importance des difficultés pratiques que suppose leur mise en œuvre.
Au-delà d’un discours théorique constructif, la circulaire de Pap Ndiaye de juillet 2023 interpelle quant à sa mise en pratique générale, spécifiquement dans l'enseignement privé sous contrat. Et les premières interventions du nouveau ministre Gabriel Attal ne semblent pas être entièrement en phase avec les bonnes intentions de son prédécesseur.
Des intentions intéressantes
Si la circulaire est écrite dans un esprit d’autocongratulation notable, elle n’en révèle pas moins des intentions intéressantes. En effet, même si le ministre s’applaudit lui-même d’avoir mis en place une revalorisation des rémunérations des enseignants ou des mesures ayant permis d’améliorer les résultats des élèves, il montre un intérêt pour des sujets auxquels la CFDT est sensible. La lutte contre le harcèlement est prioritaire. Pour Pap Ndiaye, l'École doit être source d'émancipation grâce à l'égalité des chances ; elle doit protéger chaque élève et lui offrir le bien-être. Respecté, chacun peut s'épanouir. Une culture de l'égalité peut alors naître, permettant une éducation à la sexualité et au consentement, luttant contre toutes les violences sexistes et sexuelles et contre toutes LGBTphobies. De belles paroles qui semblent bien utopiques, car très loin de la réalité du terrain.
Les moyens de ces ambitions ·
La réalisation de cet idéal est d’abord mise à mal par un défaut de moyens. En voici quelques exemples significatifs. La « lutte implacable contre le harcèlement sous toutes ses formes » doit être « La priorité absolue […] pour cette nouvelle année scolaire ». Pour cela, le ministre compte déployer de manière « obligatoire et systématique » le programme pHARe. Celui-ci est intéressant car il permet aux victimes de libérer leur parole. Mais il n’est pas opérationnel, faute de formation des personnels. Autre exemple, les fonds d’innovation, issus du Conseil national de la refondation éducation en établissements : illisibles et inadaptés aux réalités de terrains, les textes relatifs à ce dispositif n’ont suscité que très peu de sollicitations des établissements. On peut aussi, évidemment, parler du Pacte. Les missions contractualisées seront encore une fois un dispositif inadapté, créant des inégalités entre les établissements qui entreront dans le dispositif et les autres.
Ensuite, l’École désirée par le ministre est difficile à mettre en place car la plupart des dispositifs proposés se veulent pluridisciplinaires. Ils se rajoutent ainsi aux programmes qui, cloisonnés, ne prennent pas en compte ces compléments.
Une mise en pratique hasardeuse dans le privé sous contrat
Dans l’enseignement privé sous contrat, il n’est pas rare, au nom du caractère propre, que la plupart des thématiques affichées ici comme prioritaires (harcèlement, sexualité, lutte contre les LGBTphobies…) ne soient pas abordées par les enseignants. On en charge des associations, sur le choix et l’intervention desquelles les personnels n’ont pas de droit de regard. Plusieurs signalements ont été faits à la Fep-CFDT par des militants, témoignant de dérives prosélytes allant à l’encontre des valeurs de la République. Parfois même, les sujets ne sont pas abordés du tout, faisant fi du respect du contrat d’association. La Fep-CFDT a déjà fait état de ces atteintes à la mission de service public de la part de certains établissements. Sans réaction du ministère. Est-ce à penser encore une fois que le privé sous contrat, qui représente pourtant 20 % des établissements en France, constitue une école de seconde zone ·
Concernant la gestion du harcèlement scolaire dans le privé sous contrat, la Fep-CFDT attend toujours la reprogrammation de son rendez-vous, annulé en raison du remaniement ministériel.
D’ailleurs, il est à noter que la circulaire ne mentionne qu’une seule fois l’enseignement privé sous contrat, et partiellement, puisque seul le réseau catholique y est cité. Il s’agit de la mixité sociale, qui reste un mauvais exemple, puisque le protocole établi est non contraignant ses établissements.
Enfin, des interrogations subsistent sur la mise en place du dispositif « devoirs faits » dans les établissements sous contrat. Sans financement complémentaire de l’État, les élèves de 6e en seront privés. Cette mesure a pourtant été présentée comme obligatoire dès la rentrée pour tous ces élèves…
On se retrouve ainsi avec un service public de l’éducation différent, non seulement entre le privé et le public, mais au sein même du privé sous contrat.
Gabriel Attal, dans la ligne de Pap Ndiaye ·
Si Pap Ndiaye a rédigé cette circulaire, c’est à Gabriel Attal de la mettre en œuvre. Certes, celui-ci, dans ses premières interventions, se montre très attaché à la lutte contre le harcèlement scolaire ainsi qu’au développement durable. Toutefois, il prône aussi le retour à l’École d’une certaine autorité, qu’il présente comme descendante et imposée. Et non comme celle exercée par l’enseignant faisant autorité par ses compétences professionnelles. Cette notion d’autorité n’apparaît d’ailleurs nullement dans la circulaire. Elle va même d’une certaine manière à l’encontre de l’esprit de bien-être et de protection voulu par l’ancien ministre.
Ainsi, si la Fep-CFDT continue de revendiquer davantage de moyens ainsi que des programmes cohérents, elle reste vigilante aux premières interventions du nouveau ministre.