Dossier de presse Fep-CFDT - 11/09/2026
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Selon le deuxième baromètre Ifop/Fep‑CFDT 2026, réalisé auprès d’un échantillon représentatif d’enseignants du privé sous contrat, un constat s’impose : le sentiment d’impuissance, voire d’inquiétude, pèse fortement sur leur motivation.
Frédéric Dabi, directeur général de l’Ifop et Valérie Ginet, secrétaire générale de la Fep-CFDT, ont eu l’occasion, lors de la conférence de presse de rentrée du 11 septembre 2026, de donner les raisons de la baisse de moral des enseignants, bien supérieure aux salariés du secteur privé.
Bien que les enseignants restent globalement motivés (67%) et conservent un sentiment d’utilité afférent à leur mission d’éducation, la proportion d’enseignants éprouvant de l’inquiétude, du stress voire de l’impuissance est symptomatique. « Aujourd’hui, tout ce qui entoure l’acte d’enseigner devient critique », affirme Valérie Ginet. En cause, la surcharge administrative : 92% des enseignants considèrent que leur charge de travail a augmenté, notamment avec la généralisation des contrôles en cours de formation (CCF) en lycée professionnel et agricole, des oraux, et des évaluations nationales en primaire et en classe de 6ème et de 2nde qui requièrent un temps considérable. « J’ai 31 élèves dans ma classe de CM2 et je passe au moins 20 minutes par élève à entrer les résultats des évaluations dans le logiciel. En 10 ans, le programme de CM2 a changé trois fois. Je n’ai aucun moyen pour m’occuper des enfants en situation de handicap de ma classe. Aucune mesure n’a été prise par le ministère au moment des canicules de mai juin. Le ministère ignore totalement l’Enseignement privé !», raconte une professeure des écoles.
Concernant l’inclusion des enfants porteurs de handicap, qui donne sans conteste une surcharge de travail élevée aux enseignants, ceux-ci déplorent le manque d’AESH et de moyens (formations adaptées, effectifs moindres dans les classes). En effet, « mettre un enfant dans une classe ne suffit pas à faire de l’inclusion » pointe Valérie Ginet. L’étude montre un écart ressenti entre réalité du métier et décisions ministérielles. Les enseignants ont le sentiment que les injonctions successives des ministres les privent de leur liberté pédagogique. « Les enseignants demandent qu’on leur permette de faire correctement leur travail et qu’on s’appuie sur leur expertise professionnelle » réclame Valérie Ginet. Elle rajoute « Ce n’est pas le cœur du métier qui est en crise, mais les conditions dans lesquelles on demande de l’exercer ».
Les enseignants du privé souffrent d’un regard social déprécié. Ils considèrent que l’image de l’Enseignement privé véhiculé par les médias (affaire Bétharram) et la société, s’est dégradée au risque de rompre le lien de confiance avec les familles.
8 enseignants sur 10 ont été confrontés à une situation de violence (phénomène particulièrement marqué dans l’enseignement primaire) : violence de la part des élèves, mais aussi des familles (35% des professeurs des écoles ont dû faire face à la violence des parents), de la direction et des réseaux sociaux (1 professeur sur 3 a subi des violences en ligne en particulier via École Directe) si bien que 72% d’entre eux déclarent que leur travail a un impact sur leur santé mentale. Ils ont le sentiment de ne pas être suffisamment protégés.
61% des enseignants pensent que l’intelligence artificielle constitue une opportunité pour améliorer la qualité de leur enseignement. En revanche ces mêmes enseignants, à 92%, ont constaté qu’elle est un danger pour l’esprit critique des élèves qui remettent en cause les connaissances académiques. Les élèves utilisent l’IA en masse dès le plus jeune âge. Il faut donc dès le collège éduquer les enfants à un usage raisonné et modéré de l’IA et du numérique.
L’étude révèle que la question du regard social est au cœur du malaise des enseignants : 90% des enseignants s’estiment être insuffisamment rémunérés (contre 51% dans le secteur privé). Les maîtres délégués (20% dans l’Enseignement privé) souffrent au premier chef de rémunérations trop faibles ne tenant pas compte de leur responsabilité pédagogique et éducative auprès des enfants : « J’ai travaillé pendant 25 ans en tant que directrice artistique. Il y a dix ans, j’ai fait une reconversion pour devenir professeure des écoles par choix, par passion. J’ai commencé au Smic. L’année dernière, j’étais sur trois établissements et cet été je ne savais pas où j’allais être affectée à la rentrée », raconte une professeure des écoles maître déléguée. Les maîtres délégués considérés comme des variables d’ajustement ont un salaire de 20% inférieur à leurs collègues titulaires.
Un chiffre frappe les esprits : 67 % des enseignants déclarent qu’ils pourraient quitter le métier si une opportunité se présentait. Pour Frédéric Dabi, il s’agit d’un « chiffre spectaculaire », révélateur d’un sentiment largement partagé de dégradation du système éducatif. Les enquêtes d’opinion montrent que le thème du déclin en France touche particulièrement la santé et l’école. Cette tendance s’accompagne d’une fatigue émotionnelle très marquée, mise en évidence par cette étude, ainsi que de salaires jugés nettement insuffisants.
Lorsque l’on sait, d’après l’enquête Pisa publiée le 8 septembre 2026, que les enseignants sont déterminants pour la réussite des élèves, il semble donc urgent de redorer l’image du métier. En clair, les enseignants demandent moins de réformes, moins de tâches administratives, davantage de liberté pédagogique et de moyens humains, et bien entendu une revalorisation de leurs salaires.
À l’approche des échéances électorales, il faut que les citoyens se demandent ce qu’ils veulent pour leur école.
67% des enseignants restent globalement motivés
92% des enseignants considèrent que leur charge de travail a augmenté
8 enseignants sur 10 ont été confrontés à une situation de violence
90% des enseignants s’estiment être insuffisamment rémunérés
67% des enseignants envisagent de quitter le métier si une opportunité se présente