Audition au Sénat sur la réforme sur les rythmes scolaires

Publié le 13/01/2014 à 15H02
La Fep, le 8 janvier,  a été auditionnée au côté de l’Unsa (Syndicat des IEN et des enseignants) et du Sgen sur la mise en œuvre de la réforme des rythmes scolaires. Nous devons sans doute cette audition au fait d’être membre du Comité de suivi de la réforme ?

L'intervention de : l'Unsa, le Sgen et de la Fep, sur les rythmes scolaires se trouve en dessous (vidéo) 
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La parole a été donnée, dans cet ordre, au SE Unsa, SIEN Unsa, Sgen et Fep.  Quatre organisations qui soutiennent, il faut le noter, la réforme. Elles l’ont rappelé chacune à leur façon.

SE UNSA

A rappelé la raison essentielle de son soutien : la semaine de 4,5 jours est bénéfique aux élèves les plus en difficulté. C’est également un nouvel espace offert de dialogue.
Une réforme néanmoins difficile à mettre en place. C’est une organisation complétement nouvelle :

  • Plus les mêmes horaires d'une école à une autre et même à l'intérieur d'une école,
  • Tout se décide au local,
  •  Multiplicité des partenaires, il faut du temps pour s'entendre,
  •  Il faut sortir des modèles préétablis,
  •  Elle suppose beaucoup de moyens humains,
  • Cela a un impact sur le temps personnel et le temps professionnel.

Mais les témoignages positifs existent : climat scolaire apaisé - davantage de temps d'apprentissage efficaces - professionnalisation du périscolaire… On chemine vers une cohérence des temps, scolaire et périscolaire...
Préconisations du SE : continuer à accompagner, communiquer en direction des familles, donner du temps de concertation, veiller à la qualité du dialogue, soigner le qui fait quoi, l'utilisation des locaux, dégager du temps au moment de la rentrée, notamment pour les directeurs, faciliter l'octroi des temps partiels, savoir se donner du temps.

IEN Unsa

La réforme est une composante de la refondation de l'Ecole. Une perspective globale qui donne du sens.
Il est nécessaire de reconstruire une relation de confiance qui implique les collectivités territoriales, les parents, les personnels...
Il n’y a pas de séparation entre un enfant et un élève. Les rythmes vont peut-être nous apprendre à ne plus morceler les choses.
Mais la réforme n’est pas la seule réponse au service de la réussite de tous les élèves.
Le PEDT doit associer tous les partenaires. Mais hélas, il n’est pas obligatoire.
Ce qui est important, c'est la souplesse à apporter, l’espace de confiance à inventer. Le travail des IEN est à ce niveau.
Le contrôle est nécessaire mais uniquement pour éviter des dérives.

Sgen-CFDT

C’est une réforme absolument nécessaire mais qui n’est pas en soi suffisante. La formation initiale et continue par exemple est un axe fondamental.
Il faut redonner du temps utile pour apprendre. En cours, c’est un accueil global du temps de l'enfant.
Des problèmes surgissent bien sûr :

  • Un contexte particulier : sentiment d'iniquité entre le premier et le second degrés,
  • Une mise en œuvre pas simple,
  • Une confusion entre ce qui doit être géré nationalement (cadre) et localement – cela montre la difficulté du dialogue et l’incapacité présente des acteurs à échanger.

Mais des exemples de réussite existent indiquant l’importance du dialogue et la prise en compte de l'avis des personnels.
Il faut aller plus loin :

  •  La journée doit être encore réduite,
  •  Il faut raisonner sur l'année complète,
  •  Le second degré devrait bénéficier d’une réforme des rythmes,
  • Une coordination entre services publics doit être opérée,
  • Il faut instaurer le dialogue social – mieux définir la place des directeurs et leur rôle (c'est un métier) – faire évoluer la personnalité juridique de l'école.

Fep-CFDT

La Fep est pour la réforme et en accord avec les constats effectués par nos collègues présents. Elle est également d’accord sur la nécessité d'aller plus loin. Nous ne ferons qu’un seul ajout concernant le contexte dans lequel la réforme s’applique : nos collègues ont été «usés» par ce qu’ils ont vécu les années précédentes. Nous avons le sentiment qu’ils ont envie que l’Ecole change mais… sans eux. Ceci étant précisé, n’ayant pas une façon originale de présenter autrement ce qui a exprimé par les trois organisations précédentes, nous allons donc concentrer notre propos sur la mise en œuvre de la réforme dans l'enseignement privé sous contrat.

Situation présente…

5 300 écoles privées ? 4 717 écoles dans l’Enseignement catholique.
Hors Enseignement catholique, nous ne savons pas si la réforme s’applique mais Pour l’EC, moins de 10 % appliquent la réforme depuis septembre. Et sans être exagérément pessimistes, nous craignions que cette proportion ne s’accroisse pas énormément à la rentrée 2014.

Pourquoi ?

Première raison : un établissement sous contrat n’est pas tenu de mettre en place la réforme. En clair, un établissement peut faire le choix de rester à quatre jours. Cette raison conditionne toutes les autres.

Autres raisons 

  • Frilosité de l’établissement – crainte de mettre en place une organisation qui déplairait aux familles (crainte réelle ou instrumentalisation des familles pour ne pas réformer),
  • Pari sur l’avenir – la réforme fera des mécontents dans le public et ils rejoindront le privé,
  • Refus par principe d’entrer dans un dispositif municipal,
  • Relations parfois tendues et difficiles entre les établissements et les municipalités,
  • Fonds d’amorçage jugé insuffisant…

Les conséquences ?

Les craintes et les résistances des personnels sont sensiblement les mêmes que celles de leurs collègues du public. Ils sont donc peu enclins à défendre la réforme et le défaut d’engagement de leurs établissements ne pourra que les satisfaire.
Dans ces conditions, continuer à défendre le bienfondé de la réforme est une épreuve difficile. Nous n’avons pas abandonné mais pourra-t-on tenir et si oui, jusque quand ?
A cela se surajoute le fait que nous ne sommes pas associés aux travaux préparatoires d’une réforme. Ce qui nous interdit de faire un travail d’information et de « préparation des esprits».
La situation dans les écoles qui ont mis en œuvre la réforme
Beaucoup d’enseignants s’accordent sur le fait qu’elle est bénéfique pour les enfants.
Les concernant, l’appréciation est plus mitigée mais elle s’explique essentiellement par le fait que la nouvelle organisation a été mise en place sans leur concours. Le manque de concertation des acteurs principaux est patent !

Suite à cette présentation, des questions ont été posées, des réponses apportées.


Q. du rapporteur :

Vous êtes favorables à la réforme mais pour vous, elle n’est pas l'alpha et l’oméga. C’est à une révolution culturelle que doit se livrer l'Education nationale. Sur le terrain, c’est en effet très inégal. L’Education nationale a un grandd rôle à jouer et les IEN notamment. Les enseignants et les mairies doivent être accompagnés.

  • Quelle évolution du métier envisager ?
  • La révolution culturelle, c’est passer de l’ordre, l’injonction à souplesse, comment faire ?
  • Place du directeur, est-ce la création d’un statut qui est appelé, y compris celui des écoles ? Quel modèle nouveau ?
  • Etes-vous pour la modulation des heures d'enseignement ?
  • Pas associés, par le Ministère ? L’information passe énormément par les chefs d’établissement,  quelle communication imaginer ?

Nous avons indiqué ne pas  être attachés aux décrets de 1950 et 1951. Ce qui nous importe, c’est la redéfinition des missions et du temps de travail. Donc, pas contre la modulation des heures d’enseignement.
Nous avons ensuite voulu préciser ce que nous entendions pas l’insuffisance de notre association  aux travaux diligentés par l’Etat. Nous avons précisé que les relations avec le Ministère (Daf) étaient bonnes mais qu’il n’y avait pas de système organisé de dialogue jusqu'à présent (à terme, le CCM EP). Nous avons souligné l’effort opéré ces derniers temps, même s’il est insuffisant. Nous dialoguons volontiers avec l’EC mais c’est avec notre employeur que nous voulons légitimement dialoguer.
Sur la communication, nous avons indiqué que la question était délicate et complexe. L’EC est pro réforme mais il ne peut qu'inciter, inviter puisque depuis la loi Debré, et c’est ce qu’il a voulu, chaque établissement est souverain. Les chefs d’établissements devraient donc en effet être un vecteur principal mais pour diverses raisons (nous n’avions pas le temps de développer), nous avons affirmé que ce n’était pas le cas.  Nous avons également indiqué que la prudence opérée par les pouvoirs publics se retournait contre eux aujourd'hui. Mais qu’il y avait également sur ce dossier le contexte scolaire à prendre en compte (la Question scolaire). Enfin, nous avons dit que si l’affaire était délicate, il était évident que si à moyen terme il y avait un gros décalage entre enseignement public et enseignement privé, le fossé qui tend année après année à se combler se creuserait à nouveau. Ce nous ne pourrions accepter.

Q. des sénateurs présents :

  • Demande de souplesse et droit d'initiative locale. Associer tous les acteurs dans un comité de pilotage qui se transformerait ensuite en comité de suivi ? [normalement, il devrait y avoir une déclinaison locale sur tous les territoires du Comité de suivi national…].
  • Regret que vous n'ayez pas dit que la réforme constituait un bloc de républicanisme et par respect pour certains de nos interlocuteurs… [il voulait dire laïcité, ce à quoi nous répondrons que nous sommes pour la laïcité et que nous agissions dans le cadre de la République ; toutes les organisations répondront à ce sénateur mais nous nous demandons toujours ce qu’il a voulu exprimer sinon la réaffirmation du primat de l’école publique ?]
  •  Souplesse, différenciation… Ne faut-il pas séparer maternelle et élémentaire sur les rythmes ? Il n’est pas opportun de parler de péri scolaire pour les maternelles.
  • Soutien de la réforme par vos organisations et pourtant à Paris notamment les mobilisations ont été fortes. Comment les expliquer ?
  • Enfant et élève, on a reculé sur cette question. L’instit dans le temps était plus investi (cantine, voyages de découverte, temps le soir...). Peut-on évaluer l'apport des classes de découverte ? Mesure de la mixité sociale ? 
  • Tout le monde est d'accord. Pourquoi on n'y arrive pas alors ?

Pour en savoir plus sur la mission sénatoriale, ses travaux, les auditionnés, suivre ce lien

http://www.senat.fr/commission/missions/reforme_des_rythmes_scolaires/index.htmlVous devriez même pouvoir visionner l’audition complète et vérifier les propos relatés ci-dessus mais pour le moment… la vidéo n’est manifestement pas en ligne alors que celle concernant les associations de parents d’élèves, entendues juste après nous, l’est…