Pour une évaluation des enseignants au service de l’école ?

Publié le 07/05/2013 à 23H30
Pourquoi l’évaluation fait-elle débat - Qu’évaluer - Tendances chez nos voisins - Un enseignant doit-il être évalué ?

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Interview parue dans le magazine n°174 de novembre 2012.

Michelle Zorman

Secrétaire nationale Sgen-CFDT

 Fep-Magazine - A quoi l'inspection sert-elle?
Michelle Zorman - A mettre une note à chacun pour gérer, plus facilement et avec un semblant d'objectivité, les promotions des enseignants, pour les classer entre eux, pour trier les plus chanceux qui avanceront au grand choix, les moins chanceux qui avanceront au choix et les perdants qui restent à l'ancienneté.
Tout cela n'a pas grand-chose à voir, ni avec l'investissement professionnel, ni avec la compétence. Ce ne sont pas, en tout cas, les professeurs des écoles qui avancent depuis des années à l'ancienneté parce qu'ils sont en concurrence avec les instituteurs intégrés dans le même corps qui le démentiront. Sont-ils moins
méritants, moins compétents, moins investis dans leur métier que les collègues ? Sûrement pas.

Fep-Mag - Pourquoi  voulez-vous la suppression de l'inspection ?

MZ - Combien d'enseignants compétents, expérimentés, vivent encore ce moment avec angoisse ? Les inspecteurs annoncent leur venue, envoient une fiche à
compléter avec  leurs objectifs. Nous mettons tous à jour notre cahier journal, nous faisons tous en sorte que le cours se passe bien, que les élèves soient sages, qu'ils répondent quand on leur pose une question et de préférence intelligemment pour montrer qu'on a bien su leur expliquer, bref que le spectacle soit réussi. Ce que nous ne faisons pas ce jour-là, c'est d'expliquer que nous n'arrivons pas à gérer la classe, que le programme n'est pas adapté, que ça ne va pas. Et ceux qui parlent de leurs difficultés, c'est bien parce qu'ils n'en ont pas et ils obtiennent rarement une aide à l'occasion de l'inspection.
Puis l'inspecteur repart content, la plupart du temps, de ce qu'il a vu, puisqu'il a assisté à la mise en scène d'un cours idéal et il met une note conforme à celle qui était prévue.
Et la prochaine inspection, ce sera dans trois ans, cinq ans, dix ans, en fonction de la disponibilité de l'inspecteur, de l'affectation, de la discipline. Cela, c'est ce qui se passe pour 99,5 % des enseignants, seuls 0,5 % font l'objet d'une baisse de note.
De nombreux rapports, que ce soit celui de Claude Pair, de Bruno Suchaut pour ne citer qu'eux, montrent que l'impact de l'inspection sur la pratique professionnelle des enseignants est quasiment nul. Aucun enseignant n'a changé sa pratique, après une inspection.

Fep-Mag - Quelle évaluation voulez-vous alors ?

MZ - Ce que nous voulons, c'est une évaluation des enseignants, qui prenne en compte l'ensemble des tâches de notre métier et le collectif de travail, qui permette de réfléchir à sa pratique professionnelle, de construire en équipe le projet de
l'établissement, d'identifier les difficultés rencontrées par chacun et par l'équipe, ses perspectives de progression professionnelle et ses besoins en formation, qui mette la coopération entre professionnels au centre du projet.
Ce que nous voulons, c'est une évaluation dont l'objectif n'est pas de classer les enseignants entre eux.
C'est pour cela que nous voulons une déconnexion entre l'évaluation et le déroulement de carrière, avec un avancement identique pour tous.